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ess117

Le grand retour d'ESS117

« Un autre café, ESS 117 ? - J’hésite. » La fatigue s’accumulait déjà sur le visage du justicier, et le dîner de gala chez l’ambassadeur du Swazistan s’annonçait interminable. Mais l’esprit embrumé d’ESS 117 restait hanté par les visages mornes des planteurs de café rencontrés la veille sur la plantation. 

« Mais bon sang, Cindy, comment peut-on donc boire un expresso sur le dos de cesmalheureux ? Ne voyez-vous pas que ces paysans sont exploités comme des chiens ? »

Son associée resta figée dans le courant d’air poisseux du ventilateur. D’un geste brusque, ESS 117 saisit son stylo et une serviette en papier. Il dessina deux cercles,et attira Cindy à ses côtés : « Regardez, à gauche, ce sont les producteurs de café, à droite, les consommateurs. Entre les deux, des intermédiaires. Ils achètent le robusta pour une bouchée de pain, avant de nous le revendre à prix d’or. Écartons-les et nous parviendrons enfin à un commerce équitable ! »

Cindy lança un regard admiratif à ESS117. Son partenaire venait encore de progresser dans la mission qu’il avait acceptée. L’ordre était secret, bien sûr,mais il pouvait être décrypté derrière les initiales mêmes du justicier. « ESS » : « économie sociale et solidaire » !

Voilà des années déjà que le héros construisait ce monde meilleur, « où l’homme serait enfin placé avant les profits », comme il aimait à le chuchoter les yeux plissés. Le « 117 » de son nom demeurait, en revanche, totalement mystérieux.Quelques jours plus tard, de retour à Saint-Clair, l’attaché-case rempli de café équitable, ESS se retrouva brutalement bloqué dans des embouteillages. Juché sur son fidèle vélo, il ne parvenait même pas à se dégager des voitures. La départementale était bloquée par des manifestants.

Une main frêle lui tendit bientôt un tract. A sa lecture, ESS 117 bondit sur le protestataire : « Jeune homme, vous allez donc être licencié ? - Exact, m’sieur, notre usine va être abandonnée. Ils délocalisent la production à l’autre bout de la planète ! On est bon pour le chômage ! »

Profondément révolté, mais toujours discret, ESS serra les poings. La sueur au front, il reprit son souffle, demanda un stylo, et retourna le tract :

« Regardez, jeune homme, ici, je dessine votre usine, avec à sa gauche les ouvriers, et là, ses propriétaires, qui vous abandonnent. Effaçons-les donc.Que reste-t-il ?

- Ben, l’usine, m’sieur ! Et puis nous, les ouvriers. »

ESS 117 eut un sourire triomphant.

« Et bien, maintenant, qui peut être propriétaire de votre usine ?

- Euh…Nous, les ouvriers ?

- Exact ! Il vous reste à racheter l’entreprise. Avec vos économies, et l’aide de financiers amis. Vous pourrez conserver vos emplois, et partager vos futurs bénéfices… Vous travaillerez en coopérative ! »

Le jeune gréviste lui lança un regard encore incrédule mais déjà ivre d’espoir. Ses collègues s’approchaient intrigués. ESS 117 se retourna alors vers l’automobiliste

patientant à ses côtés : "Excusez moi, Monsieur, mais je me suis permis d’observer votre vignette assurance…

Vous n’en avez sans doute pas conscience, mais la compagnie que vous avez choisie est détenue par des actionnaires. Libre à vous de les engraisser, mais si vous optiez pour une mutuelle, vous n’auriez à payer que l’essentiel : une couverture des accidents pour tous les adhérents. »

Rangeant son nouveau croquis, ESS 117 parvint à s’extirper du bouchon en rétropédalant, sous les acclamations des grévistes et des automobilistes.

Une douce lumière d’automne caressait les collines du Saint-Clairois. « Ce soir, l’économie appartient un peu plus aux habitants », se délectait le justicier.

Mais son regard profond s’assombrit soudain. Quelles étaient ces silhouettes qui s’approchaient subrepticement du bourg ? Les Hommes-En-Noir !

Ainsi les ennemis d’ESS 117 n’avaient pas encore renoncé. Notre justicier devait déjà reprendre le combat ! Oh, pas de coup de savate, ni rafale de pistolet

pour ESS 117 : il leur proposa plutôt d’entrer en réunion. Là, dans une atmosphère suffocante, le stylo feutre traçant lentement des flèches sur un tableau

blanc, il leur asséna le coup de grâce :

« Messieurs, plutôt que de spéculer dans les bourses du monde entier, pourquoi ne pas rendre votre argent utile aux habitants ? Il pourrait créer des emplois, des logements sociaux, de l’énergie renouvelable… Passez à la finance solidaire ! » Les Hommes-En-Noir l’ovationnèrent.

Encore un pas de plus vers l’économie sociale et solidaire… Et dire que cet automne, pendant un mois, ESS 117 allait devoir intervenir 1 500 fois à travers toute la France…

Le héros solidaire enfin se tourna vers le lecteur, l’enveloppant de son regard séducteur : « Vous accepteriez de m’aider dans ma mission ? »

 

> Olivier BONNIN

Le mois de l'économie sociale et solidaire

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